L'anorexie et la mode

Le poids des mots, le choc des photos.

Ces derniers temps, on a beaucoup parlé d'une affiche publicitaire, conçue en Italie par Oliviero Toscani (photographe connu pour ses campagnes choc pour la marque Bennetton) et censurée en France. L'image d'un mannequin nu, saissant de maigreur, prétendait mettre en garde contre l'anorexie... La campagne était sponsorisée par une marque de vêtements, No-l-ita.

Toscani, qui avait déjà défrayé la chronique pour des publicités controversées pour Benetton montrant par exemple des détenus du couloir de la mort et des malades du SIDA en phase terminale, a cette fois été sollicité par la société Flash&Partners, propriétaire de la marque de vêtements No-l-ita.

"Il y a des années que je m'intéresse à l'anorexie. Qui en est responsable? Les médias en général, la télé, la mode. Il est donc très intéressant qu'une marque de vêtements comprenne l'importance du problème, en prenne conscience et parraine cette campagne", a déclaré le photographe.

L'anorexie est ici purement instrumentalisée et fait froid dans le dos ?

Un objectif de la campagne louable...

La mort en 2006 de plusieurs mannequins anorexiques avait mis le fléau de l'anorexie sur le devant de la scène.

  • Madrid a été la première à réagir en 2006,  interdisant au grand défilé Pasarela Cibeles toute jolie demoiselle présentant un indice de masse corporelle inférieur à 18 (soit 56 kg pour 1,75 m).
  • En juillet 2006, une couturière italienne, Raffaella Curiel, excluait à son tour 15 mannequins qui étaient en dessous de la taille 36. Giorgio Armani a ainsi demandé à ses stylistes de ne plus utiliser ces mannequins.
  • Londres à son tour a décidé de réagir, mais pas avec cet indice. Le Conseil britannique de la mode a annoncé en septembre 2006, après la publication d'un rapport avec 14 recommandations sur ce sujet, toute une batterie de conditions pour pouvoir participer aux défilés de la Semaine de la mode de Londres.

Les mannequins devront avoir dès 2006 au moins 16 ans. Un "environnement sain" sera en outre assuré dans les loges : pas de drogue, pas de cigarette, nourriture saine. Et une pièce de repos a été réservée aux mannequins, dans laquelle elles trouveront de la documentation sur les désordres alimentaires. A partir de 2007, elles doivent aussi présenter un certificat médical.

En parallèle, la campagne de Toscani, contre l'anorexie, a été soutenue par le ministère italien de la Santé. Fin 2006, le gouvernement italien, la Fédération de la mode italienne et l'association Alta Moda - qui regroupe les couturiers italiens présentant leurs collections à Rome et Milan - ont adopté un "Manifeste anti-anorexie" destiné à "remettre en avant un modèle de beauté sain, solaire, généreux, méditerranéen".

Ce code qui "s'engage à protéger la santé des modèles qui participent aux défilés, fait la promotion d'un mode de vie sain", a souligné la ministre de la Santé Livia Turco lors d'une conférence de presse. Son homologue français Xavier Bertrand, annonçait avoir confié au pédopsychiatre Marcel Rufo et au sociologue Jean-Pierre Poulain la direction d'un groupe d'experts qui devra réfléchir à l'apparence du corps dans la publicité et la mode...

Le texte, peu contraignant, interdit les défilés aux filles de moins de 16 ans, et oblige les mannequins à présenter un certificat médical affirmant qu'elles ne souffrent d'aucun trouble alimentaire.

Finalement, ce n'est qu'en 2008 que les organisations françaises représentatives des professionnels de la mode, de la publicité et des médias, et la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, ont signé une "charte d'engagement volontaire sur l'image du corps et contre l'anorexie" dans le cadre de mesures de lutte contre cette maladie. Le texte ne comprend pas de mesure contraignante mais des "engagements partagés et concertés de tous les acteurs" en vue d'"actions positives à construire collectivement", essentiellement de sensibilisation et d'information. Cette charte a été rédigée par un groupe de travail "anorexie et image du corps" mis en place en janvier 2007, sous l'égide du ministère de la Santé. Coprésidé par le pédopsychiatre Marcel Rufo et le sociologue Jean-Pierre Poulain, il était composé de professionnels de la mode, des médias, de la publicité, de représentants d'associations de consommateurs et de scientifiques.

... mais un objectif ambigu.

L'anorexie n'est pas une maladie qu''on attrape comme un virus, mais une pathologie mentale. Elle n'est pas non plus un fléau comme la famine. Et puisque l'on ne peut prévenir cette pathologie comme on prévient le sida, à quoi sert-il de prétendre organiser la lutte "contre" l'anorexie ? Les anorexiques n'ont-elles pas plutôt besoin d'aide ? L'affiche ne comporte aucun numéroo d'association d'aide aux anorexiques ou à leurs parents.

L'anorexie existe depuis des siècles. Indépendamment de la mode, qui n'a pas toujours été celle de la brindille. Certes, l'anorexique a peur d'être grosse, mais n'est ce pas une peur qui gagne à présent toutes les femmes, et certains hommes?

Témoignage de Justine : " Les gens imaginent les anorexiques comme des filles capricieuses, le genre qui veut maigrir pour ressembler aux couvertures de magazines. Or je n'ai pas fait ce régime infernal, jusqu'à peser 40kg, pour me pavaner en maillot de bain ou en décolleté plongeant. Au contraire je me trouvais laide, et je cachais mes os douloureux et saillants."

Trop peu de jeunes femmes affirment clairement que les mannequins sont la cause directe de leurs maux pour que l'on puisse établir une corrélation directe entre mode et anorexie.

Pour un complément d'informations

On peut lire pour plus d'informations, les articles suivants :

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