Les conduites anorexiques

Le mensonge

Si tous les adolescents ont une propension à brouiller les pistes, les anorexiques mentent avec une facilité et à un degré pathologique. Ce qui ne signifient pas qu'ils se regardent mentir sans remords Voici d'ailleurs le témoignage de Jessica L. Nelson : "Le mensonge m'était une honte, mais cette honte était contrebalancée par le sentiment de sursis et de survie que le mensonge m'offrait. Lorsque ma résolution de m'affamer, d'abord inconsciente, fut explicitement prise, j'ai dû redoubler d'intelligence pour que cela ne se voie pas. Pour éviter un repas, je prétendais m'être alimentée à la cantine, à l'extérieur ou avant le reste de la famille. Je maculais mes assiettes de nourriture que je jetais à la poubelle sans en avoir goûté la moindre miette. Et puisque je perdais du poids, je m'enveloppais de vêtements amples et j'avalais trois litres d'eau avant de monter sur la balance du médecin de famille."

L'isolement

La plupart du temps, l'anorexique décline les invitation à dîner en famille, au restaurant ou les verres chez les amis, craignant toute occasioon où son trouble pourrait être stigmatisé.

Les obsessions

Réductions des portions, rituels autour des repas, pris à heures fixes, alimentation en cachette, dégoût pour certains aliments, telles sont les manies des anorexiques. Les goûts et dégoûts pour les aliments peuvent apporter un éclairage intéressant. S'ils varient d'un individu à l'aure parmi ceux qui se nourrissent "normalement", ils présentent chez les anorexiques certaines constantes. Ainsi, la viande est abhorrée. Et le lait apprécié pour sa pureté. Lait et viande sont des nourritures à symbolique aigüe. A un certain point de la maladie, les anorexiques ne se nourrissent plus, ou n'acceptent de manger, que de la salade, des fruits secs, laits de toutes sortes ( soja, riz, vache, chèvre...).

Au chapitre des obsessions, la liste est longue : le poids, bien sûr, la déviance orthorexique ( fixation sur l'ingestion d'une nourriture saine) et la passion de la gastronomie. Ce dernier aspect est proprement stupéfiant. La jeune femme, déjà maigre, se met aux fourneaux, essaie de gaver son entourage au sens premier du terme, tient des fiches de recettes classées pour régaler ses proches de mets qu'elle ne goûtera pas, obsédée par la nourriture parcequ'elle s'en prive. Mais il est hors de question qu'elle succombe, car l'image d'un être qui mange lui est devenue presque insoutenable.

L'anorexique éprouve un profond mépris envers "ceux qui mangent" et auxquels elle ne veut pas ressembler. A table, alors qu'elle refuse qu'on regarde son assiette, elle lorgne sur celles de ses voisins et savoure une nouvelle victoire : elle mange moins que tout le reste de la famille. Elle éparpille et pousse les aliments au bord de son assiette, dissimule quelques morceaux de poissons sous la salade verte, évalue combien de bouchées sont descendues dans son estomac et veille à ce qu'elles soient inférieures en masse et en quantité à celles ingurgitées par les autres convives.

Dans un bref entretien accordé à Alternative Santé, Xavier Pommereau relève quelques unes des obsessions inquiétantes chez les ados :" L"adolescente est obsédée par les chiffres en lien avec l'alimentation : les calories, la balance, la taille 36 et encore mieux le 34; elle comptera par exemple les petits pois dans son assiette..."

Le sens du défi

Parceque le cerveau doit passer avant le corps, l'anorexique redouble d'effort pour briller. La quantité de travail ne l'effraie pas. Sa mission est très sérieuse puisqu'il s'agit d'être la premièère. Comme pour la nourriture, des objectifs précis sont fixés, de la mention "très bien " au baccalauréat à la lecture de trois livres en une nuit. Et elles les atteint. Vous êtes épatés par ses capacités? Tant mieux, c'est ce qu'elle attend.

Un défi permanent est lancé à l'entourage. La jeune anorexique milite ouvertement contre l'ordre imposé, l'ordre social, l'ordre raisonnable, l'ordre adulte. Evitez de lui dire de manger plus, de faire moins d'exercice, d'arrêter la ciigarette et l'asparthame, de prendre des gélules de magnésium parcequ'elle en manque certainement. Le moindre conseil, la moindre remarque l'agace et lui confirme que ses parents veulent la maintenir dans un rôle de petit enfant.

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